Madame la Comtesse,
Ainsi donc, il vient à mes oreilles qu'il vous arrive, dans les froides et impersonnels couloirs de votre château, de vous ennuyer ? Je ne suis pas homme à reculer devant quelque défi que ce soit (si ce n'est, je vous l'accorde, cette sotte idée qui était venue à votre cousin, le Vicomte de St Lambert, qui me proposait de me lancer dans l'escalade des degrés de la Montagne de Buren sur un seul pied... avec un aquarium posé sur la tête !) et je m'en vais donc, en quelques lignes, tenter de vous divertir.
Ainsi, je ne sais si vous le savez déjà, mais on ne parle plus que de cela à la cours : monsieur de Clétys aurait une aventure, que l'on pourrait définir du vocable de « sauvage » avec une petite roturière, dame de compagnie, du château de Longcourt. Cela gémit beaucoup dans les couloirs, les placards à balais engrangent quelques souvenirs humides... et pour finir, il y a fort à parier que le métayer du coin aura un nouveau bâtard à élever avant la prochaine vendange...
Sur un ton plus sérieux, madame, il me faut enfin vous ouvrir mon cœur ! Comment ? Comment avez-vous pu, dans un élan que je n'explique pas encore, attacher votre cœur à celui du Comte D'Avroy ? Ou alors, que le destin m'en garde, vous ne vous intéressâtes qu'à sa bourse, que l'on dit bien remplie, afin de vous mettre à l'abri des tourments de l'or, plus que de ceux des sentiments ?
Pourquoi, si tel est le cas, ne pas avoir pris la peine de vous en ouvrir à moi ? Certes, je n'ai point de fortune à mettre en rapport avec celle du Comte d'Avroy ! Mais vous auriez sans doute trouvé, en mes murs, un plus bel équilibre entre les sous et l'âme, la monnaie et le sentiment !
Ah, il m'en coûte de le dire, mais je ne sais ce qui me retient de défier votre cuistre de mari, pour que d'un coup d épée toute cette histoire soit résolue... Sans doute, cette hésitation prend elle sa source dans le fait, avéré, que votre époux est la plus fine lame du royaume. Et vous conviendrez qu'au fond d'une fosse, je serait alors frappé d'une raideur certes solide, mais froide et bien inutile.
Mais, qu'à cela ne tienne. Si votre corps je ne peux entreprendre, c'est la conquête de votre âme que je réaliserai à grand frais, au fil de cette plume, à la lumière de cette bougie qui crépite au cœur de ma nuit solitaire. Et lorsque votre cœur sera posé auprès du mien et que ces deux organes battront à l'unisson d'un même sentiment, les errances du corps s'oublieront bien vite... tout comme cet ennui qui vous ronge.
Je m'en vais cacheter cette enveloppe de mon second seau, afin que personne, par inadvertance, ne reconnaisse mes armes, si le hasard voulait que ce pli tombe entre de mauvaise main.
J'attends déjà avec impatience d'entendre le galop du messager qui me portera votre réponse madame.
Mes pensées, et bien plus que cela, vous accompagne !
Votre dévoué
C. C.
Posté le 18/09/2008 à 16:01:17 (
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